Le président de
la République
, M.Abdelaziz Bouteflika, a adressé le 14 Avril dernier un discours à la
nation dont voici la traduction APS :
«Au nom
de Dieu le Clément, le Miséricordieux,
Que le Salut de Dieu soit sur le plus noble des Messagers, ses proches et
ses compagnons jusqu’au jour du jugement dernier. Chères concitoyennes, chers concitoyens,
L’enjeu national majeur était, au début de la décennie écoulée,
d’éteindre le feu de
la Fitna
, d’œuvrer au rétablissement de la paix et de la concorde et de
consacrer la réconciliation nationale.
Grâce à Dieu et à votre engagement à mes côtés, ces objectifs ont été
atteints conformément à nos valeurs séculaires de clémence et de
pardon. Les craintes se sont dissipées et les esprits apaisés.
Avec le retour de la paix, il devenait impératif de dépasser les séquelles
de la destruction et de rattraper les retards accumulés. A cet effet,
nous avions engagé successivement deux gigantesques programmes
d’investissements publics à tous les niveaux. Le troisième programme
est en cours de réalisation.
Ces programmes ont incontestablement porté leurs fruits et les années
2000 furent riches en réalisations à tous les niveaux et sur tout le
territoire national, notamment en matière d’infrastructures de base et
d’équipements socio-économiques.
Dans le même temps, le déficit en logements a été considérablement
pallié par la réalisation, tous les cinq ans, d’un million de
logements et le chômage a été également résorbé dans une large
proportion. Le pays a renoué avec ses principes de justice sociale et de
solidarité nationale, en témoignent les importants transferts sociaux et
les multiples formes d’aides octroyées par l’Etat pour subventionner
les produits de première nécessité et améliorer les services publics.
Ces réalisations ont été accompagnées par le règlement anticipé de
la dette extérieure par l’Algérie qui a retrouvé la place qui est
sienne aux niveaux africain, arabe et international dans le cadre du
respect mutuel.
Chères
concitoyennes, chers concitoyens,
L’Algérie
suit, naturellement, les mutations en cours sur la scène internationale,
particulièrement celles survenues dans certains pays arabes. Face à
cette situation, l’Algérie réaffirme son attachement à la souveraineté
des pays frères et à leur unité, son rejet de toute ingérence étrangère
et son respect de la décision de chaque peuple découlant de sa
souveraineté nationale.
Au plan national et dès lors que nous vivons dans une société
pluraliste, il est tout à fait naturel que des courants se préoccupent
des vents de changement qui soufflent sur la région.
Il est évident que nous penchions plus vers les positions des forces
politiques imprégnées du sens nationaliste qui bannissent toute ingérence
dans les affaires des autres et rejettent, en contrepartie, toute ingérence
étrangère dans les leurs.
C’est là la position de la majorité écrasante de notre peuple qui
suit avec intérêt les différentes initiatives et qui est en droit de
s’exprimer quand la stabilité du pays est menacée.
Tous les peuples, particulièrement les jeunes, aspirent au progrès
social et économique et à davantage de justice et de liberté, et plus
encore à une meilleure gouvernance. La démocratie, la liberté, la
justice et l’Etat de droit sont autant de revendications légitimes que
nul ne saurait ignorer.
Notre peuple est jeune et ambitieux, d’où la nécessité de satisfaire,
jour après jour, aux multiples revendications dans tous les domaines et
nous sommes aujourd’hui, plus que jamais, interpellés pour opérer des
réformes socio-économiques et politiques.
Chères
concitoyennes, chers concitoyens,
Sur cette
base, nous avons engagé des actions pour satisfaire les revendications
sociales légitimes de nos citoyens. Un nouveau mécanisme a été mis en
place pour stabiliser les prix des produits alimentaires de base qui
connaissent une flambée sur les marchés internationaux.
L’investissement a été soutenu par d’importantes mesures incitatives
à travers l’accès au foncier et une plus grande disponibilité des crédits
bancaires. Ces mesures favoriseront la création de richesses et l’amélioration
de l’offre d’emploi.
Les différents dispositifs de soutien destinés aux jeunes et aux
sans-emploi désirant créer leurs propres micro-entreprises ont été également
renforcés.
Parallèlement, les mécanismes de l’Etat visant à encourager
l’emploi de jeunes diplômés ont été améliorés aux plans qualitatif
et quantitatif. La durée des contrats a été prolongée, ces contrats
sont devenus renouvelables et les bénéficiaires deviennent prioritaires
lors de la titularisation.
Concernant l’habitat, un effort incommensurable est consenti depuis 2000
à ce jour à travers la satisfaction d’une grande partie de la demande
et la réduction de la protestation.
Je demeure convaincu, en dépit du programme ambitieux en cours de réalisation,
que de nouvelles demandes seront exprimées. Des demandes que nous devrons
prendre en charge en toute objectivité et avec mesure. L’actuel
programme quinquennal prévoit la réalisation de deux millions de
logements dont plus d’un million seront délivrés avant 2014.
Nous avons décidé de promouvoir l’accès des citoyens à l’habitat
rural y compris au niveau des petites agglomérations et de permettre au
plus grand nombre de familles désireuses de construire ou d’acquérir
un logement de bénéficier de prêts à cet effet.
En résumé, les réalisations sont palpables et les statistiques connues
de tous. Elles appartiennent exclusivement à la collectivité nationale
et nul ne pourrait faire croire que les fruits du développement ne
profiteraient
qu’à certaines catégories sociales. Cependant, peut-on affirmer que
tout va pour le mieux ?
A l’évidence non. Des fléaux sociaux tels la corruption, le népotisme
et le gaspillage sévissent et l’Etat s’emploie à les combattre avec
vigueur et détermination.
Voilà une autre bataille qu’on ne peut remporter qu’avec la
participation de toutes les catégories de la population, car tout ce qui
est réalisé l’est pour vous, avec vous et grâce à vous.
Chères
concitoyennes, chers concitoyens,
D’importantes
mesures seront prochainement prises qui insuffleront un nouvel élan à la
gestion de nos programmes et à la dynamisation de l’appareil de l’Etat.
Elles viendront conforter la lutte contre la bureaucratie et les
dysfonctionnements enregistrés au sein de notre Administration et faire
face à toute atteinte aux deniers publics.
Une concertation sera engagée cette année au niveau local avec les
citoyens, les élus, le mouvement associatif et l’Administration pour définir
les objectifs d’un meilleur développement local et les adapter aux
attentes de la population.
Dans ce contexte, une action sérieuse sera engagée en direction de
l’entreprise économique, publique ou privée, en ce sens qu’elle
constitue, par excellence, la source génératrice de richesses et
d’emplois, dans le but d’assurer son développement et sa
modernisation.
La promotion et la mise à niveau de l’entreprise tendent
essentiellement à consolider la croissance économique du pays, à
relever le niveau de productivité et à améliorer la compétitivité.
A cet effet, le gouvernement doit élaborer un programme national
d’investissement destiné aux entreprises économiques, tous secteurs
d’activités confondus, en concertation avec tous les opérateurs économiques
et sociaux.
Le gouvernement doit également réunir les conditions optimales pour libérer
les initiatives à travers l’amélioration de l’environnement de
l’entreprise et, en général, l’instauration d’un climat propice
aux affaires et à l’investissement.
Chères
concitoyennes, chers concitoyens,
L’Algérie a engagé, depuis plus de deux décennies, un pluralisme
politique pour lequel le peuple a payé un lourd tribut, sans aide ni
assistance de quiconque de par le monde. Le pluralisme politique dans
notre pays est illustré par l’existence d’une trentaine de partis
politiques et d’un parlement pluriel.
Le pluralisme se traduit aussi par la liberté d’expression, une réalité
que reflètent nos médias de par leur diversité et par l’audace dans
le ton qui les caractérise.
Nous pouvons être fiers d’appartenir à un pays où la liberté
d’expression est une réalité palpable, un pays qui ne compte aucun
prisonnier d’opinion ni détenu politique. Un acquis remarquable qu’il
convient de consolider pour en assurer la pérennité.
La Fitna
est plus grave que le meurtre et c’est au prix de sang et de larmes que
l’Algérie demeure unie et forte, que
la République
et ses acquis démocratiques sont préservés et que l’espoir est à
nouveau permis.
Nul n’a donc le droit de réinstaller, d’une façon ou d’une autre,
la peur dans les familles algériennes, inquiètes pour la sécurité de
leurs enfants ou de leurs biens ou plus grave encore, l’inquiétude de
toute la nation sur l’avenir de l’Algérie, son unité, son indépendance
et sa souveraineté nationale.
Chères
concitoyennes, chers concitoyens,
Nous sommes
aujourd’hui appelés à aller de l’avant dans l’approfondissement du
processus démocratique, le renforcement des bases de l’Etat de droit,
la réduction des disparités et l’accélération du développement
socioéconomique.
Cette mission ambitieuse et décisive pour l’avenir de notre pays exige
l’adhésion de la majorité, la participation de toutes les forces
politiques et sociales et la contribution des compétences nationales.
Elle requiert aussi un Etat fort capable d’instaurer une plus grande
confiance entre l’Administration et les citoyens. Un Etat reposant sur
une administration compétente et crédible et un système judiciaire placé
sous la seule autorité de la loi.
Cette mission nécessite surtout que nos instances élues puissent jouir
d’une légitimité incontestable.
Après le recouvrement de la paix et de la sécurité, le lancement de
programmes de développement ambitieux et la levée de l’état
d’urgence, j’ai décidé de parachever cette démarche par un
programme de réformes politiques visant à approfondir le processus démocratique
et à permettre aux citoyens de contribuer davantage aux décisions dont dépendent
leur avenir et celui de leurs enfants.
Le rôle des différentes assemblées élues est un rôle vital qui sera
renforcé car ce sont les élus qui sont en contact direct avec les
citoyens et la réalité vécue.
Chères
concitoyennes, chers concitoyens,
M’appuyant
sur
la Constitution
, j’userai du droit qu’elle me confère pour demander au parlement de
réviser l’ensemble de l’arsenal législatif sur lequel reposent les règles
de l’exercice démocratique et le libre choix des citoyens.
Conscient de la responsabilité qui m’incombe, fort de votre soutien et
soucieux de préserver l’équilibre des pouvoirs, j’œuvrerai à
introduire des amendements législatifs et constitutionnels en vue de
renforcer la démocratie représentative dans notre pays.
Il sera procédé à une profonde révision de la loi électorale. Cette révision
doit répondre à l’aspiration de nos concitoyens à exercer leur droit
électoral dans les meilleures conditions, empreintes de démocratie et de
transparence, afin de choisir leurs représentants dans les assemblées élues.
Nous ambitionnons de mettre notre système électoral aux normes les plus
modernes des démocraties représentatives consacrées par
la Constitution
, afin que notre peuple puisse exprimer, en toute souveraineté et en
toute clarté, son intime conviction A cette fin, tous les partis
politiques, qu’ils soient représentés ou non au parlement, seront mis
à contribution et consultés en vue d’élaborer le nouveau système électoral.
Une fois cette loi électorale adoptée, toutes les mesures seront prises
afin de garantir la transparence et la régularité des scrutins, y
compris la supervision des élections par des observateurs internationaux,
et ce, en concertation avec tous les partis agréés.
De plus, une loi organique sur les cas d’incompatibilité avec le mandat
parlementaire sera introduite en conformité avec
la Constitution.
Il
appartiendra alors aux partis de s’organiser, de renforcer leurs rangs,
d’exprimer leurs opinions et d’activer dans le cadre de
la Constitution
et de la loi afin de convaincre les citoyens, notamment les plus jeunes,
de la pertinence et de l’utilité de leurs programmes.
Cette démarche sera renforcée par la révision de la loi relative aux
partis politiques, à travers la révision de leur rôle, de leur mission
et de leur organisation, afin qu’ils contribuent plus efficacement au
processus de renouveau.
Le dépôt et la promulgation de la loi organique relative à la représentation
des femmes au sein des assemblées élues interviendront avant les
prochaines échéances électorales.
Chères concitoyennes, chers
concitoyens,
Dans le cadre d’une décentralisation plus large et plus efficiente
et pour que les citoyens soient mis à contribution dans la prise des décisions
qui concernent leur quotidien et leur environnement économique, social et
culturel, il importe d’accroître les prérogatives des assemblées
locales élues et de les doter des moyens humains et matériels nécessaires
à l’exercice de leurs prérogatives.
Et c’est à cette même fin que le code de wilaya sera révisé. Cette démarche
portera aussi sur l’élargissement et la définition du domaine, des
objectifs et des moyens d’activité et d’organisation du mouvement
associatif en vue de réhabiliter la place des associations dans la société
en tant qu’espaces d’intermédiation et de médiation entre les
citoyens et les pouvoirs publics.
En attendant la révision prévue de la loi régissant l’activité des
associations, j’appelle les organisations du mouvement associatif à
intensifier les initiatives, dans le cadre de leur mission, en
s’inscrivant dès à présent
dans cette vision.
Le respect des droits de l’homme doit devenir une préoccupation
permanente des différentes ligues et associations nationales chargées de
cette question.
Tous les moyens leur seront garantis afin qu’elles puissent se faire
entendre et accomplir leurs missions de manière optimale. Les
institutions et les administrations concernées doivent y participer
pleinement.
Chères
concitoyennes, chers concitoyens,
Pour couronner
cet édifice institutionnel visant à renforcer la démocratie, il importe
d’introduire les amendements nécessaires à
la Constitution
du pays.
J’ai exprimé, à maintes reprises, ma volonté de faire réviser
la Constitution
et j’ai réaffirmé cette conviction et cette volonté à plusieurs
occasions.
Ceci passera par la création d’une commission constitutionnelle, à
laquelle participeront les courants politiques agissants et des experts en
droit constitutionnel.
Elle me fera des propositions dont je m’assurerai de la conformité avec
les valeurs fondamentales de notre société, avant de les soumettre à
l’approbation du parlement ou à vos suffrages par la voie référendaire.
Chères concitoyennes, chers
concitoyens,
Je me dois de vous rappeler que les médias lourds, à savoir
la Télévision
et
la Radio
, représentent aussi la voix de l’Algérie dans le monde. Ce qui leur
impose de contribuer à la consécration de l’identité et de l’unité
nationales, et dans le même temps, de propager la culture et le
divertissement. Mais ils sont surtout appelés à s’ouvrir aux différents
courants de pensée politique, dans le respect des règles d’éthique
qui régissent tout débat.
Afin d’élargir cette ouverture aux citoyens, à leurs représentants élus
et aux différents partis présents sur la scène nationale, le paysage
audiovisuel public sera renforcé par la création de chaînes thématiques
spécialisées et ouvertes à toutes les opinions, dans leur diversité.
La loi sur l’information, elle, introduira les repères d’une charte déontologique
et complétera la législation actuelle, notamment à travers la dépénalisation
du délit de presse.
Chères
concitoyennes, chers concitoyens,
Une année
seulement nous sépare du rendez-vous des prochaines échéances électorales
nationales. C’est une période suffisante pour procéder à la révision,
à l’amélioration et au renforcement des bases juridiques de
l’exercice démocratique et de l’expression de la volonté populaire,
de manière à répondre à vos aspirations à une représentation de
qualité au sein des assemblées élues.
J’appelle chaque citoyen et chaque citoyenne d’entre vous, quelles que
soient vos appartenances, à joindre vos efforts afin que cette nouvelle
opportunité soit celle de l’ouverture sur une vie politique pluraliste
qui reflète l’esprit et la lettre de
la Constitution
, et qui permette à chacun et à chacune de participer au renouveau et au
progrès de l’Etat algérien, ainsi qu’au renforcement de ses
fondements. Un Etat pour lequel de nombreux hommes et femmes ont sacrifié
leur vie pour s’affranchir du joug colonial et de sortir de l’emprise
de l’ignorance et du sous-développement.
Parce que l’Etat est responsable de la politique de développement, de
l’ordre et la sécurité publics dans le pays, je continuerai à veiller
pleinement à la réalisation de nos objectifs, en comptant sur la
participation des citoyens et en m’appuyant sur les institutions de l’Etat,
conformément aux dispositions de
la Constitution
et des lois de
la République.
Je
m’adresse à l’ensemble des citoyennes et des citoyens, que j’invite
à apporter leur soutien pour le renouveau de notre pays et la réalisation
des ambitions de notre peuple au développement dans un climat de liberté,
de paix et d’entraide.
Plus nous sommes unis, plus nous ferons de notre cher pays la patrie du
progrès, de la justice et de la fraternité.
Gloire et paix à nos valeureux martyrs.
Je vous remercie de votre attention.»