Déclaration Nationale de l'Algérie
au Sommet sur «la Sécurité Nucléaire»
Washington, 12 et 13 avril 2010

 

Monsieur le Président,

Je souhaiterais, au nom du Président Abdelaziz BOUTEFLIKA, remercier le Président Barak Obama pour l’initiative louable et bienvenue de tenir un Sommet sur la sécurité nucléaire.
Il s’agit, en effet, d’une initiative opportune qui répond à une préoccupation réelle liée aux défis grandissants posés par le risque d’accès des groupes terroristes aux installations et aux matières nucléaires.
L’Algérie attache la plus grande importance à la question particulièrement sensible de la protection des installations et autres matériels nucléaires et à la nécessité d’agir ensemble, à travers des mesures concertées, en sus de celles déjà existantes, pour empêcher les groupes terroristes d’y accéder.
Des instruments internationaux existent qui comportent des obligations contraignantes pour les Etats Parties. Les acteurs non-étatiques n’étant pas, « par définition » Parties à ces instruments, l’Algérie s’était jointe en 2004 en qualité d’Etat membre du Conseil de Sécurité à l’adoption, sous le sceau de l’urgence, de la Résolution 1540 dont elle met scrupuleusement en œuvre les dispositions.
D’autres initiatives et mesures ont également vu le jour sous l’impulsion d’Etats ou de groupes d’Etats qui, pour certaines, pêchent par leur manque d’universalité.
Ce Sommet vient donc à point nommé, pour nous offrir l’opportunité de nous concerter et œuvrer ensemble à l’adoption de mesures plus robustes et plus efficaces et veiller à ce qu’elles bénéficient du soutien le plus large au sein de cette Conférence et au-delà, en particulier, du niveau de l’AIEA qui jouit de la crédibilité et des compétences nécessaires pour jouer un rôle clé en matière de sécurité nucléaire.
Avant de passer en revue les actions prises au plan national pour sécuriser nos installations et équipement nucléaires, il me parait essentiel de souligner que ce Sommet nous offre l’opportunité de :
- Réaffirmer la validité des objectifs qui fondent nos obligations individuelles et collectives et de non prolifération nucléaire et nos droits souverains à une utilisation pacifique de l’énergie nucléaire.
- Réhabiliter le principe selon lequel « la sécurité est une et indivisible » et que l’on ne saurait, de ce fait, tolérer, au Moyen Orient, par exemple, la persistance d’entraves à l’établissement d’une zone exempte d’armes nucléaires et de destruction massive.
- Proclamer notre volonté d’œuvrer de manière déterminée en vue d’empêcher l’accès éventuel par des groupes terroristes à des armes de destruction massive.
Le message de Washington ne devra donc souffrir d’aucune ambiguïté ou interprétation erronée.
Nous ne sommes pas réunis pour endosser des doctrines de sécurité basées sur le maintien d’arsenaux nucléaires.

Nous sommes réunis, au contraire, pour exprimer notre grave préoccupation à l’égard de ces arsenaux nucléaires capables de détruire des centaines de fois notre planète, et dont nous demandons l’élimination et le démantèlement définitifs et pour œuvrer ensemble à assurer la sûreté de nos installations nucléaires à usage civil et empêcher ainsi que des groupes terroristes n’accèdent à ces arsenaux ou à ces installations.
Monsieur le Président,
Fort heureusement, l’Algérie fait partie d’une majorité de pays qui ont choisi de mettre l’atome au service exclusif des applications civiles y compris en matière de recherche/développement. La protection des installations et matières nucléaires civiles est conçue par mon pays comme un processus en quête permanente d’amélioration et de renforcement. Dans ce cadre, l’Algérie a adopté des mesures à la fois d’ordres législatif, réglementaire et pratique dont je citerai :
- La ratification de la Convention sur la protection physique des installations et matières nucléaires déposée auprès de l’AIEA telle qu’amendée par la conférence des Etats parties en juillet 2005.
- L’adhésion à la résolution 1540 du Conseil de Sécurité de l’ONU et la présentation de rapports périodiques et réguliers sur sa mise en œuvre au plan national.
Le renforcement du dispositif réglementaire en matière de contrôle des sources radioactives, notamment, pour ce qui est de la détention, l’utilisation et l’importation de ces sources
La mise à jour de l’inventaire des sources de rayonnement y compris celles qui ne sont plus en service avec la mise au point d’une nouvelle version du système d’information des organismes chargés de la réglementation.
L’adoption d’un Programme pour la sécurisation des sources radioactives de haute activité, en coopération avec l’AIEA.
L’accueil périodique de missions d’évaluation et de conseils de l’AIEA
avec laquelle nous poursuivons un programme de travail robuste, dans un
esprit d’entente et de consolidation des acquis.
Un projet de loi sur la sécurité nucléaire, actuellement en cours de finalisation, qui comportera de nouvelles mesures et dispositions visant à mieux structurer, organiser et protéger les activités nucléaires civiles de l’Algérie.
Ce sont des efforts que nous avons consentis pour honorer nos obligations en matières de « sécurité nucléaire » et qui nous ont permis, je dois dire, de récolter des résultats positifs dans la mesure où l’Algérie n’a jamais enregistré d’incident ou d’acte terroriste ciblant des sites, des installations ou des matières nucléaires, et ce, y compris durant une décennie entière au cours de laquelle le terrorisme aveugle frappait sans distinction et ciblait tout type d’infrastructures.
Monsieur le Président,
Des mesures additionnelles à la Convention sur le terrorisme nucléaire et à la résolution 1540 (2004) du Conseil de Sécurité des Nations Unies, et, sans doute, d’autres mécanismes internationaux, sont nécessaires pour empêcher des acteurs non étatiques d’accéder à des armes nucléaires ou de destruction massive.

Je voudrais cependant préciser que pour être efficaces, ces mesures doivent être universellement acceptées et mises en œuvre. L’ONU et l’AIEA grâce à leur caractère universel ainsi qu’à la légitimité et la crédibilité dont elles jouissent, s’imposent, tout naturellement, comme le cadre le plus approprié pour l’adoption de tels mesures et mécanismes.

Les actions et mesures proposées dans le Communiqué final et le Plan d’action nous paraissent tout à fait adéquates et nous les soutenons pleinement.
Dans le même temps, il nous paraît absolument impérieux que :
Les puissances nucléaires s’engagent de manière résolue et sur la base d’un calendrier rigoureux dans un processus menant à l’élimination totale de tous leurs arsenaux, seule à même de créer les conditions d’un monde plus sûr.
Le rôle des armes nucléaires dans les relations internationales soit réduit de manières significatives.
Une session extraordinaire de l’Assemblée Générale des Nations Unies soit consacrée au désarmement nucléaire, chimique et biologique.
La création de zones dénucléarisées soit vigoureusement encouragée et qu’elle soit accompagnée de l’octroi de garanties de sécurité négatives par les Etats nucléaires aux Etats non nucléaires.
A cet égard, des mesures concrètes doivent être prises, au plus tôt, lors de la prochaine Conférence d’examen du TNP pour qu’une zone dénucléarisée soit instaurée au Moyen Orient.
L’adhésion universelle au TNP, au CTBT et au système de garanties de l’AIEA ainsi que la conclusion d’un Traité sur l’interdiction des matières fissiles deviennent, au plus tôt une réalité.
La coopération technique à travers l’AIEA et sur un plan bilatéral, régional et multilatéral soit renforcée.
L’échange d’informations sur le mouvement des matières radioactives et sur les questions de prévention de lutte contre le terrorisme et la criminalité soit intensifiée.
Les mesures de sécurité prise n’aient pas pour objectif ou pour conséquence d’entraver l’exercice par les Etats non nucléaires de leur droit inaliénable à développer la recherche, la production et l’utilisation de l’énergie nucléaire à des fins pacifiques sans discrimination et en conformité avec les articles I, II et III du TNP.
Pour conclure, je souhaiterais réaffirmer en cette occasion solennelle toute l’importance que l’Algérie accorde à une progression d’ensemble sur tous les chapitres de la problématique du nucléaire, et dans tous les forums des Nations Unies, notamment, le volet du désarmement nucléaire qui demeure, de notre point de vue, la clé voûte de l’édifice de l’action multilatérale, pour que la paix devienne un jour, une réalité véritablement partagée.
Je vous remercie.