Le Président
de
la République
, M. Abdelaziz Bouteflika, a prononcé le jeudi 23 septembre, à New
York un discours lors de la 64e session de l’Assemblée générale de
l’Organisation des Nations unies. En voici le texte intégral :
“Monsieur
le Président,
Excellences,
Mesdames et Messieurs,
Permettez-moi, tout d’abord, de vous dire tout le plaisir de la délégation
algérienne de voir un illustre fils d’un pays frère et voisin présider
nos travaux.
Je voudrais vous assurer du soutien sincère et actif de l’Algérie
dans l’accomplissement de votre mandat.
Je rends également un vibrant hommage à votre prédécesseur, le père
d’Escoto, pour la compétence dont il a fait montre, sa probité
morale et son plein engagement en faveur d’un multilatéralisme fondé
sur les principes et les idéaux de
la Charte.
Je voudrais, enfin, exprimer notre gratitude à notre secrétaire général,
M. Ban Ki-moon, pour sa conduite sage et éclairée de l’Organisation
et les initiatives qu’il déploie régulièrement pour renforcer
le rôle des Nations unies et asseoir leur autorité morale.
Monsieur le Président,
Cette année encore, la crise économique mondiale s’impose comme un
thème essentiel du débat général de cette 64e session. Le monde a eu
le temps de prendre la mesure de son ampleur et de sa gravité. Si
l’heure des bilans n’est pas encore arrivée, on sait maintenant
qu’il ne s’agit point d’une crise conjoncturelle, ni de l’éclatement
d’une bulle comme le système capitaliste en a connu par le passé.
Le monde admet, aujourd’hui, qu’il est confronté à la crise d’un
système régi par les règles de la mondialisation et de la
globalisation, comme il se rend à l’évidence que toute solution sérieuse
et durable de cette crise passe par des décisions courageuses et
concertées destinées à promouvoir la mise en place d’une
gouvernance économique mondiale fondée sur les valeurs de
responsabilité, d’équité, de solidarité et de progrès.
Une gouvernance qui aurait pour objectif de mettre un terme aux
pratiques financières et commerciales opaques, iniques et déloyales
imposées au reste du monde au nom du libre-échange et de son efficacité
indiscutable.
Il est urgent pour la communauté internationale de prendre la mesure de
la gravité de ces pratiques en les identifiant comme des menaces
majeures à la paix et à la stabilité dans le monde et en leur
opposant une riposte appropriée.
Le manque de cohérence de la démarche face à la crise se manifeste,
entre autres, dans le traitement injuste réservé aux pays en développement,
car on ne peut faire supporter par les pays de l’hémisphère Sud le
fardeau de la crise, alors qu’ils n’en sont pas responsables. Il
faudrait, au contraire, les aider à y faire face.
De fait, la seule réponse appropriée pouvant bénéficier à
l’ensemble de la communauté internationale réside dans une nouvelle
gouvernance de l’ordre économique mondial basée sur des principes
d’équité, de transparence et de prospérité partagée.
Il va sans dire qu’en attendant l’émergence d’une telle
gouvernance, il est de la plus haute importance que les engagements déjà
pris en faveur des pays du Sud soient honorés.
En fait, l’interdépendance des nations et la corrélation, de plus en
plus étroite, des problèmes auxquels elles font face, imposent une
gouvernance internationale qui favoriserait l’émergence d’un
multilatéralisme fondé sur les vertus de la concertation, de la coopération
et du partenariat.
Ce n’est que par une approche intégrée, concertée et inclusive des
relations internationales, portée par une gouvernance mondiale rénovée,
que nous pourrons, non seulement surmonter, collectivement et
solidairement, les problèmes de notre temps, mais aussi faire face aux
menaces qui pèsent sur la paix et la sécurité.
Les institutions multilatérales, minées par les contradictions et les
incohérences, n’arrivent pas à sortir de l’impasse observée dans
les processus de négociation sur des questions pourtant vitales et qui
ont un impact direct sur nos populations.
C’est le cas, d’abord, des négociations sur la conclusion d’un
traité devant remplacer le Protocole de Kyoto sur les changements
climatiques. Voilà, en effet, un domaine où faire preuve d’esprit de
compromis et de solidarité est manifestement dans l’intérêt bien
compris de tous les pays. Pourtant, les positions des pays développés
continuent d’être animées par des intérêts nationaux étroits,
alors que les enjeux portent sur la survie même de l’humanité.
Je me dois de remercier et de féliciter notre secrétaire général
pour l’heureuse initiative qu’il a prise d’organiser une séance
spéciale consacrée exclusivement aux changements climatiques.
Son initiative se situe à la veille de notre prochain rendez-vous
à Copenhague.
C’est le cas, également, des objectifs primordiaux du désarmement et
de non-prolifération qui demeurent otages de la politique des deux
poids deux mesures, de pratiques discriminatoires et de non-respect des
engagements pris, en particulier, par certaines puissances
nucléaires.
Ces pratiques n’ont pas épargné les cadres multilatéraux de négociation
jouissant, pourtant, de la légitimité et dotés de l’expertise nécessaire
pour réaliser des avancées sur la voie du renforcement des objectifs
de désarmement et de non-prolifération.
C’est le cas, aussi, du combat contre l’impunité et contre les
violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire
qui soulève de légitimes doutes sur l’instrumentalisation de cette
noble cause à des fins politiques.
La question des droits de l’homme fait l’objet d’approches sélectives,
ce qui frappe de suspicion des initiatives mues certainement par une
volonté sincère d’assurer le respect de la dignité humaine.
C’est le cas, enfin, de la coopération internationale en matière de
lutte antiterroriste. L’Algérie adhère totalement à la stratégie
antiterroriste. Elle estime que cet important arsenal juridique
gagnerait à être consolidé par l’adoption du projet de convention
globale tant attendu.
L’Algérie est également convaincue de la nécessité d’une
adaptation permanente des moyens de riposte à cette menace lourde et
insidieuse.
Nous plaidons en faveur de mesures tendant à rendre encore plus étanche
le dispositif international concernant la lutte contre le financement du
terrorisme à travers, notamment, l’interdiction absolue du paiement
de rançon aux preneurs d’otages qui a atteint, au cours des dernières
années, des proportions inquiétantes, d’autant que le produit de ces
rançons s’est révélé être, désormais, la principale source de
financement du terrorisme.
L’Union africaine a fait sienne cette interdiction. Elle a lancé un
appel aux Nations unies pour qu’elles contribuent rapidement à son
universalisation et sa concrétisation dans la forme et le cadre à la
mesure de la menace que ce phénomène fait peser sur la sécurité des
personnes et sur la stabilité de nos pays.
Monsieur le Président,
Notre souhait est que notre Organisation puisse réaliser des avancées
substantielles sur les grands chantiers de la réforme, qu’il
s’agisse de la revitalisation de l’Assemblée générale, de la réforme
du Conseil de sécurité et du renforcement du rôle du Conseil économique
et social.
A l’évidence, une Assemblée générale revitalisée et confortée
dans son mandat rendra plus aisée la conclusion d’un compromis sur la
réforme du Conseil de sécurité.
Un Conseil de sécurité qui intègrerait autant l’aspiration légitime
des pays en développement, et de l’Afrique en particulier, à une
représentation équitable, que la quête de nouvelles méthodes
de travail plus en rapport avec les exigences de notre temps.
Monsieur le Président,
L’attachement de l’Algérie aux objectifs d’une politique de bon
voisinage se manifeste, notamment, à travers les nombreuses initiatives
et les efforts sincères qu’elle a déployés en partenariat avec ses
voisins.
Nous sommes fermement convaincus que la préservation de la paix, la
promotion du développement et le respect des droits des peuples sont
les fondements nécessaires et incontournables de la construction d’un
Maghreb arabe apaisé, uni et prospère. Un Maghreb stable et totalement
intégré.
Chacun sait l’importance que nous accordons au droit des peuples à
disposer d’eux-mêmes et les efforts que nous déployons pour aboutir
à une solution juste et durable du conflit au Sahara occidental.
Les Nations unies pourront toujours compter sur le soutien total et sincère
de l’Algérie à toute initiative entrant dans le processus de règlement
de ce différend conformément aux responsabilités qu’elles assument
dans la question du Sahara occidental.
Dans ce contexte, nous réitérons notre appui au secrétaire général
et à son envoyé personnel, M. Christopher Ross, dans leurs efforts
visant à promouvoir une solution politique permettant au peuple
sahraoui d’exercer librement son droit inaliénable à l’autodétermination.
De même, nous apportons un soutien inconditionnel à la cause du peuple
palestinien dont les développements menacent gravement la paix et la sécurité
dans l’ensemble de la région. Le Moyen-Orient ne pourrait retrouver
la paix et la stabilité sans un règlement juste et durable de la
question palestinienne, qui est au centre du conflit arabo-israélien.
Il est maintenant évident pour tous qu’une solution satisfaisante ne
sera possible que si des pressions appuyées et crédibles sont exercées
sur la force d’occupation israélienne en vue de l’amener à cesser
sa politique de provocation et d’agression contre le peuple
palestinien, à respecter les engagements contractés et à répondre
favorablement à l’initiative de paix arabe.
D’un autre côté, l’Algérie participe activement à tous les
efforts des pays africains pour consolider leur unité, mettre un terme
aux conflits qui entravent leurs efforts de développement et réussir
l’intégration politique et économique du continent.
Les réalisations de l’Union africaine en font désormais un
partenaire fiable et respecté. Sa collaboration avec les Nations unies
a permis des avancées visibles, notamment à travers une réduction
significative des foyers de tension sur notre continent.
S’il convient, tout naturellement, de se féliciter de cette cogestion
des conflits qui s’est instaurée de fait entre les deux organisations,
en parfaite conformité avec la doctrine des Nations unies, il est,
cependant, regrettable de constater que les exigences qu’impose une
telle doctrine ne sont pas toujours pleinement assumées par les
partenaires de l’Afrique et le Conseil de sécurité.
Puisqu’il est universellement admis que le maintien de la paix dans le
monde relève, en tout premier lieu, de la responsabilité des Nations
unies, il est important que la question des conflits en Afrique continue
à mobiliser l’ensemble de la communauté internationale.
Dans ce contexte, mon pays partage et soutient l’évaluation qui a été
faite par notre frère, le Guide de
la Révolution
libyenne, Son Excellence, Mouammar El Kadhafi, président en exercice de
l’Union africaine, notamment la démarche africaine pour mettre un
terme définitif aux conflits en Afrique.
Monsieur le Président,
Je termine en renouvelant notre vœu que soient modifiées la conception
et la conduite des affaires internationales par un engagement effectif
et sincère de l’ensemble de la communauté internationale en
faveur du renouveau et du renforcement du système multilatéral.”