[ L'événement ]

Réunion, sous la présidence du Chef de gouvernement de la Commission nationale de suivi
Paix et réconciliation nationale
La Charte sera appliquée dans sa lettre et dans son esprit

Par : EL MOUDJAHID   Le : dimanche 23 avril 2006

Mise en garde contre la rumeur et la manipulation

Près de 2.200 détenus libérés.
Une liste «consolidée» de 7.100 cas de disparus.
Une liste nominative de 17.000 terroristes abattus.

Les services du Chef du gouvernement ont rendu public, hier, un communiqué à l’issue de la réunion de la Commission nationale de suivi de la mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, dont voici le texte :

"Monsieur Ahmed Ouyahia, Chef du gouvernement, a présidé, ce jour, une nouvelle réunion de la Commission nationale de suivi de la mise en œuvre de la Charte pour la paix et la réconciliation nationale.
Cette rencontre a été l’occasion de dresser un point de situation sur l’exécution de l’ordonnance du 27 février dernier relative à l’application de la charte ainsi qu’aux décrets présidentiels y afférents datant du 28 février et du 27 mars derniers.

I - S’agissant du dispositif d’encadrement de la mise en œuvre de la charte, la Commission nationale a relevé que l’ensemble des commissions de wilaya, mandatées par les décrets présidentiels pertinents ont été installées et siègent régulièrement. Il en est de même pour toutes les cellules de suivi au niveau des cabinets des ministères concernés par cette opération.

II - S’agissant des mesures de consolidation de la paix, il a été constaté que près de 2.200 détenus ont été libérés, soit la quasi-totalité des personnes concernées. En outre, la campagne de sensibilisation en direction de ceux qui portent encore les armes contre la patrie se poursuit intensément et a déjà donné quelques résultats.
Exprimant son appréciation des progrès accomplis dans la mise en œuvre de la charte, la Commission nationale de suivi a également invité les autorités concernées à :
a) - maintenir la pression extrême dans la lutte contre le terrorisme,
b) - Veiller, dans le cadre de la loi, pour que les personnes arrêtées depuis le 27 février dernier, pour terrorisme, soutien au terrorisme et subversion terroriste, et qui sont exclues du bénéfice des mesures énoncées dans la Charte pour la paix et la réconciliation nationale, soient jugées avec toute la sévérité prévue par la législation en vigueur.

III - S’agissant des mesures d’indemnisation des familles des disparus, la Commission nationale a relevé que :
1) - La liste consolidée des personnes disparues, qui porte sur près de 7.100 cas, a été diffusée à toutes les commissions de wilaya.
 2) - Les juridictions ont bien avancé dans la constitution des listes de disparus ayant déjà fait l’objet d’un jugement de décès, une situation qui concerne déjà plus de 3.000 cas.
3) - Dans un souci d’efficacité, les parquets généraux concernés communiqueront aux commissions de wilaya territorialement compétentes, copies de ces jugements pour permettre l’établissement des dossiers d’indemnisation pour les ayants droit.
4) - En outre, les juridictions ont pris leurs dispositions en vue de pouvoir traiter avec diligence les nouvelles demandes de jugement de décès de disparus dont elles seront saisies par les ayants droit.
5) - Du point de vue financier, le Fonds de prise en charge des victimes du terrorisme, désigné par la loi pour prendre également en charge l’indemnisation des familles de disparus, dispose pour l’instant de ressources suffisantes et fera l’objet, autant que de besoin, de rattachement de crédits conformément aux règlements.
6) - Plus de 7.000 personnes se réclamant de liens de parenté avec des personnes disparues ont déjà été reçues au niveau des différentes commissions de wilaya  compétentes.
La commission nationale de suivi s’est félicitée de cette très large adhésion des familles des disparus aux mesures énoncées par la charte pour le règlement de ce douloureux problème. Elle considère que cela constitue une réponse cinglante aux groupuscules d’activistes qui se déchaînent actuellement après avoir constaté qu’ils ne pourront désormais plus exploiter la douleur de familles éplorées dans le cadre de leurs calculs politiciens.
Dans le même temps, la Commission nationale de suivi a ordonné aux walis, présidents des commissions compétentes, de veiller à ce que les familles des disparus, déjà en possession d’un jugement de décès, soient pleinement assistées dans la finalisation des dossiers d’indemnisation et que celles en attente d’un jugement de décès soient assistées dans leur démarche envers la justice.
Enfin, et pour mettre un terme aux tentatives de manipulation clientéliste sur ce douloureux dossier, la Commission nationale de suivi porte à l’attention de l’opinion que tout ayants droit d’une personne dont il est prétendu qu’elle est disparue, mais dont le nom ne se trouve pas sur la liste officielle des disparus, est en mesure d’introduire un dossier auprès des tribunaux ou des services de la police judiciaire. Un tel dossier doit être déposé par les ayants droit eux-mêmes, la loi n’autorisant aucun intermédiaire en la matière.

IV - S’agissant des mesures de solidarité nationale en direction des familles démunies dont un des proches, engagé dans le terrorisme, a été abattu dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, la commission nationale a relevé que :
1) -
La liste nominative des terroristes abattus dans le cadre de la lutte contre ce fléau a déjà été établie par les autorités compétentes et comporte près de 17.000 noms. Elles demeurera la seule matrice de travail en la matière. Dès lors, toute action prétendument menée par une association ou une quelconque partie en vue de recenser les familles concernées ne serait qu’une manipulation contre laquelle la Commission nationale de suivi met en garde l’opinion. Seule une décision établie par la commission de wilaya, à l’issue d’une enquête sociale diligentée par celle-ci, permettra le versement de l’allocation de solidarité nationale prévue par la loi.
2) - Les commissions de wilaya compétentes ont déjà engagé des enquêtes sociales à même d’identifier les familles démunies ayant un proche figurant sur la liste des personnes abattues dans le cadre de la lutte contre le terrorisme. Là également, la Commission nationale met en garde l’opinion contre les tentatives de manipulation et rappelle que la commission de wilaya, sous la responsabilité exclusive du wali, est seule compétente pour mener les enquêtes sociales en l’objet.
3) - Les ressources financières nécessaires pour l’application des mesures de solidarité en direction des familles éprouvées par l’implication de l’un de leur proche dans le terrorisme sont déjà disponibles au niveau du Fonds de solidarité nationale.
4) - Plus de 7.000 personnes proches de terroristes abattus se sont déjà présentées au niveau des commissions de wilaya qui ont engagé les procédures d’enquête sociale y afférentes.
La Commission nationale de suivi a également instruit les walis à l’effet de diligenter davantage la conduite des enquêtes sociales et prêter assistance aux bénéficiaires des mesures de solidarité nationale prévues à cet effet.

V - S’agissant du mécanisme de réintégration ou d’indemnisation des personnes ayant fait l’objet de mesures administratives de licenciement pour des faits liés à la tragédie nationale, la Commission nationale de suivi a constaté que :
1)
- Les commissions de wilaya instituées par le décret présidentiel du 27 mars dernier ont toutes été déjà installées et ont entamé leur mission.
2) - Plus de 5.000 personnes déclarant avoir fait l’objet de mesures administratives de licenciement pour des faits liés à la tragédie nationale se sont déjà présentées au niveau des différentes commissions où il leur a été expliqué quelles sont les pièces et preuves qui doivent impérativement composer le dossier de réclamation de la réintégration ou de l’indemnisation prévues par le décret présidentiel pertinent.
La Commission nationale a énoncé quelques directives destinées à guider l’action des commissions de wilaya chargées de ce dossier, notamment en matière de préservation des intérêts de la collectivité nationale et de la sécurité nationale. Elle a également instruit les commissions de wilaya à s’atteler à cette tâche avec une extrême rigueur et avec diligence.
Partant du constat que l’application des dispositions énoncées dans les différents volets de la charte est désormais entrée dans une phase concrète à travers les wilaya, la Commission nationale a instruit les walis qui président l’ensemble de ces commissions locales de rendre compte tous les quinze jours de l’état chiffré des dossiers reçus, des dossiers traités et enfin des dossiers ayant abouti, qu’il s’agisse de l’indemnisation des familles des disparus, de l’aide de solidarité nationale aux familles démunies éprouvées par l’implication d’un proche dans le terrorisme, ou des mesures de réintégration ou d’indemnisation des personnes ayant fait l’objet de mesures administratives de licenciement pour des faits liés à la tragédie nationale.
Enfin, tout en constatant l’immense soutien dont la charte pour la paix et la réconciliation nationale jouit à travers le pays, la Commission nationale de suivi a constaté avec regret que certaines rumeurs sont sciemment distillées pour semer le doute au sein de la population, et juge utile d’y apporter les démentis formels suivants :
1) - La libération des bénéficiaires des mesures de consolidation de la paix n’a aucun rapport avec le phénomène du banditisme que l’Etat est attelé à combattre avec constance et détermination.
En outre, les services de police veillent avec vigilance au suivi de la situation, alors que les forces de sécurité de la République mènent une lutte sans relâche sur le terrain pour détruire les groupuscules qui auront décidé de tourner le dos à la main que le peuple algérien leur a tendue.
2) - Les allégations prétendant que les personnes libérées dans le cadre de la charte sont l’objet de mesures "sociales", dont le versement d’une pension ou l’octroi d’autres avantages, sont dénuées de tout fondement.
3) - Les familles des victimes du terrorisme doivent définitivement se rassurer quant à la solidarité que la nation leur a exprimée à travers la charte elle-même, et quant au maintien du dispositif destiné à les prendre en charge, et qui fonctionne depuis 1995.
4) - Les éléments qui ont eu le mérite de participer volontairement à la défense de la patrie contre le terrorisme ont été l’objet d’un hommage mérité énoncé par la Charte pour la paix et la réconciliation nationale. Ils ont été l’objet d’une protection édictée par l’ordonnance portant mise en œuvre de la charte. Ils seront, le moment venu, l’objet de l’attention requise de la part de l’Etat qu’ils ont contribué à sauvegarder. Voilà pourquoi les concernés sont invités à faire preuve de discernement devant les approches insidieuses dont ils sont parfois l’objet.
Ainsi que l’a réaffirmé, à maintes reprises, Monsieur le président de la République personnellement, la Charte pour la paix et la réconciliation nationale sera appliquée dans sa lettre et dans son esprit, avec la fidélité requise à l’endroit d’une décision du peuple algérien souverain.
Toute tentative d’entrave, de surenchère, d’exploitation politicienne ou de passe-droit face à l’application de cette charte, sera repoussée fermement. La Commission nationale de suivi y veillera, conformément au mandat que lui a confié le chef de l’Etat.