DIB, FERAOUN, MAMMERI et KATEB, ''constructeurs de la modernité textuelle''

 

Une lecture des oeuvres de KATEB Yacine, Mohamed DIB, Mouloud MAMMERI et Mouloud FERAOUN, précurseurs de la littérature moderne algérienne d'expression française, a été faite par l'universitaire Nadjet KHADDA, dans le cadre d'un après-midi littéraire organisé jeudi au Musée national des Beaux-Arts d'Alger.

''Les écrivains des années 50 m 'apparaissent comme de grandes figures en tant qu'individus et en tant qu'écrivains dont les oeuvres sont incontournables'', a indiqué, dans son introduction, l'universitaire mettant en exergue leur engagement politique ainsi que leur apport dans le domaine du roman.

''Les oeuvres de ces auteurs, qui étaient très mobilisés sur le problème de l'identité nationale, étaient empreintes d'une grande liberté sur le plan technique'', a noté Mme KHADDA mettant par ailleurs en exergue la mobilisation de ces écrivains dès la fin des années 40.

''La revendication a été une lame de fonds qui a porté ces écrivains, témoins de leur époque, et dont la prise de parole a été une prise de parole d'affirmation de soi'', a-t-elle dit.

La conférencière, après avoir estimé que la littérature a été ''surdéterminée" par le politique et ''l'histoire l'a imposée, citant, à titre d'exemple, les massacres du 8 mai 1945 qui ont été "déterminants dans la prise de parole chez KATEB Yacine''.

Evoquant la création de ces écrivains engagés, Nadjet KHADDA a affirmé que'' tout en reprenant l'exigence esthétique du roman du 19ème, leurs écrits ont ''fractionné le modèle importé''.

A titre d'illustration, elle a pris comme exemple les romans ''Le fils du pauvre'', dans lequel Mouloud FERAOUN fait appel à plusieurs narrateurs, et ''La grande maison'' de Mohamed DIB, caractérisé par l'introduction de poèmes, de berceuses et de comptines.

Parlant du style de ces écrivains des années 50, elle l'a qualifié de ''rencontre'' entre les techniques narratives du terroir et celles importées.

''Cette démarche est éminemment moderne'', a-t-elle noté indiquant que DIB, dans ses oeuvres, ''affiche des éléments du terroir'' et que dans sa fresque de la société, ''il exhibe les preuves d'une culture et d'une civilisation antérieures à la domination française''.

''On a emprunté la langue de l'autre mais on est arrivé à quelque chose de radicalement différent'', a souligné KHADDA citant ''Nedjma'' de KATEB Yacine dans lequel Nedjma, personnage central du roman, et l'ancêtre ''ont une signification symbolique et non mimétique''.

''Ces deux personnages vont donner une dimension révolutionnaire à l'oeuvre'', a-t-elle relevé ajoutant que les catégories classiques telles que les personnages, l'espace temps et la critique ont ''volé en éclats''.

''Le travail de l'écriture fait entrer l'écrivain dans une expérience sociale, existentielle qui va le transformer'' et ''chaque auteur a son propre univers, sa propre écriture et c'est celà qui fait d'eux des maîtres'', a-t-elle expliqué.

Professeur de littérature, Nadjet KHADDA, présidente du jury d'attribution du prix Mohamed DIB, est l'auteur de plusieurs publications dont ''La structure du discours romanesque dans l'oeuvre de DIB'', ''Mohamed DIB: esquisse d'un itinéraire '' et ''Représentation de la femme dans le roman algérien d'expression française''.

Parmi les ouvrages sous sa direction, il est à citer : ''KATEB Yacine: à l'origine de la modernité textuelle'', ''Etudes littéraires maghrébines'', ''Lectures croisées de ''L'Honneur de la tribu'' de Rachid MIMOUNI'' et ''Hommage à Bachir HADJ ALI''.