Monsieur le Président,
Monsieur le Représentant personnel de Monsieur le Secrétaire général
de
l'ONU, Secrétaire général de la Conférence,
Excellences Mesdames Messieurs les Représentants permanents.
C'est avec un grand plaisir que je m'adresse à vous au moment ou l'Algérie,
en la personne d'un ami de longue date, l'Ambassadeur Jazaïry, entame sa
présidence de
la Conférence
du Désarmement.
Ma présence parmi vous aujourd'hui est d'abord l'occasion d'une réaffirmation
de l'adhésion de mon pays aux idéaux et aux principes du multilatéralisme
qui ont présidé à l'avènement des Nations Unies.
Elle est aussi la marque du soutien de l'Algérie à
la Conférence
du Désarmement, unique organe multilatéral de négociation en matière
de désarmement.
C'est l'occasion de vous exprimer la foi de l'Algérie en l'action
multilatérale entreprise dans cette enceinte pour la consolidation de la
paix et la sécurité internationales.
L'Algérie, comme tous les pays qui sont représentés dans cette
enceinte, est intiment convaincue que la promotion de la coopération
internationale en matière de désarmement est une condition essentielle
pour l'élargissement des aires de sécurité et la propagation des
espaces de prospérité.
L'engagement pris par mon pays en faveur du désarmement s'est manifesté
concrètement par son acceptation de tous les instruments juridiques
internationaux qui s'inscrivent dans cette perspective. Je citerais en
particulier notre adhésion au Traité de non prolifération, et au Traité
sur l'Interdiction complète des Essais nucléaires et l'application
pleine et entière de l'Accord de Garanties généralisées conclu avec
l'Agence internationale de l'Energie atomique.
Le Président de
la République
, S.E.M Abdelaziz Bouteflika, qui dirigeait à l'époque de notre
diplomatie, avait souligné déjà en janvier 1979, à la toute première
séance inaugurale de
la Conférence
du Désarmement ce qui suit, et je cite :
«
La Conférence
du Désarmement ne peut jouer un rôle important que dans la mesure où
les Etats feront preuve de volonté politique qui reste, comme le souligne
le document final de la dixième session extraordinaire, le facteur décisif
pour la mise en œuvre des mesures authentiques de désarmement, et le
comité du désarmement se trouve précisément être l'enceinte où
devrait se manifester et se concrétiser cette volonté politique ». Fin
de citation.
L'appel lancé ainsi depuis plus de 30 ans demeure d'actualité dans le
contexte international actuel marqué par les multiples défis posés au régime
de désarmement et de non-prolifération nucléaires.
Ces défis s'ajoutent à d'autres qui obèrent encore plus la sécurité
du monde : les changements climatiques, le terrorisme international, la
criminalité transnationale organisée, la crise alimentaire mondiale qui
subsiste et qui est amplifiée par la crise financière et la récession
économique. Dans un tel contexte, il est plus important que jamais de
veiller collectivement à ce que les ressources qui se raréfient soient
affectées à la survie des peuples et non à leur destruction.
La réalité internationale contemporaine nous rappelle qu'aucun pays,
aussi puissant soit-il, ne peut sanctuariser son territoire ou préserver
ses intérêts par la seule force des armes. Le multilatéralisme demeure
la voie la plus apte à
parvenir à une compréhension partagée de la sécurité collective afin
d'asseoir un ordre international plus stable et plus prévisible. Un ordre
international fondé non sur le droit du plus fort mais sur la force du
droit.
Quand bien même le risque d'anéantissement mutuel aurait diminué à la
faveur de la disparition de la bipolarité planétaire, la menace nucléaire
subsiste. Cette menace se mesure au nombre d'ogives nucléaires qui
avoisine le chiffre
impressionnant de 27.000 têtes nucléaires. Elle revêt une acuité
croissante du fait de l'invocation de doctrines nucléaires abaissant le
seuil de recours à ces armes. Une telle menace pourrait peut-être, si
l'on n'y prenait garde, venir aussi d'acteurs non étatiques. En somme, la
prolifération, sous différentes formes, des armes de destruction
massive, en particulier nucléaires, constitue un réel danger qui n'est
pas circonscrit à un seul groupe de pays.
Par ailleurs, la récente collision de satellites militaire et civil vaut
rappel symbolique des dangers potentiels de militarisation de l'espace
extra- atmosphérique.
Monsieur le Président, Excellences,
On ne peut nier que des réductions des arsenaux nucléaires ont été opérées
de façon unilatérale ou par voie bilatérale. Mais force est de
constater que les stocks subsistants demeurent très importants et que ces
réductions ont été contrariées par des développements qualitatifs et politiques repoussant
à des horizons temporels indéfinis l'objectif du désarmement nucléaire
auquel l'ONU a pourtant consacré sa toute première résolution en 1946.
Il n'y a pas de raisons justifiant le fait que les armes nucléaires, qui
menacent la survie de l'humanité toute entière continuent de bénéficier
d'une légitimité, par défaut, alors que la norme d'interdiction des
armes biologiques et chimiques est, elle, codifiée.
Fort préoccupés par un tel danger, les Etats non dotés de l'arme nucléaires,
dont l'Algérie, sont en droit de demander aux Etats nucléaires d'assumer
la responsabilité particulière qui leur incombe de prendre des mesures
concrètes en vue de progresser vers un réel désarmement nucléaire. C'est pour
conjurer le danger nucléaire que l'Assemblée générale des Nations
Unies, le Mouvement des Non-Alignés ainsi que le Groupe des 21 ne cessent
d'insister sur la nécessité d'engager des négociations dans le cadre
d'un programme échelonné en vue de l'élimination complète des armes
nucléaires selon un échéancier explicite, débouchant sur une
Convention sur les armes nucléaires.
Le TNP demeure la pierre angulaire du régime de non-prolifération et de
désarmement nucléaires. Il est indéniable que cet instrument est
confronté à de graves difficultés. Si celles-ci devaient persister,
elles risqueraient même d'ébranler le régime lui-même.
Nous formons le vœu que le processus d'examen du TNP actuellement en
cours soit couronné, en 2010, par des résultats tangibles et équilibrés
entre les trois piliers de ce Traité que sont le désarmement, la
non-prolifération et l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire.
Ce serait le meilleur moyen de renforcer l'autorité de ce précieux
instrument.
Il y a au demeurant complémentarité et influence mutuelle entre ces
trois piliers. Je fais mienne à ce propos la recommandation de
l'initiative Global Zéro selon laquelle l'élimination des armes nucléaires
est le seul moyen d'arrêter durablement la prolifération.
Enfin, la crédibilité du Traité est liée à son universalité. A cet
égard la dénucléarisation régionale constitue une étape importante
dans la voie du désarmement nucléaire global. Nous nous réjouissons que
certaines régions se soient dotées de Traités les rendant exemptes
d'armes nucléaires. L'Afrique a apporté sa contribution en adoptant le
Traité de Pelindaba que mon pays a ratifié et qu'il souhaiterait voir
entrer en vigueur Cependant, le Moyen-Orient, zone sous haute tension,
demeure privé du bénéfice de ce régime, en dépit des résolutions et
recommandations du Conseil de Sécurité et des Conférences d'examen de
1995 et de 2000.
La création d'une telle zone au Moyen-Orient est de nature à impulser le
processus de paix et ne doit donc pas être subordonnée au parachèvement
de ce dernier. A cet égard, nous exhortons
la Communauté
internationale et en particulier les Etats dotés de l'arme nucléaire à
œuvrer à l'extension du statut de zone exempte d'armes nucléaires à
cette région.
L'énergie nucléaire offre de vastes perspectives pour le développement
socio-économique notamment en matière de sécurité énergétique.
Aussi, le droit à l'utilisation pacifique de l'énergie nucléaire ne
saurait être interprété de façon discrétionnaire ou limitative. Ce
droit ne doit pas non plus être assimilé avec la prolifération d'armes
nucléaires ou confondu avec elle. Nous comprenons les inquiétudes que
cette problématique peut susciter chez certains, mais nous sommes aussi
convaincus que l'Agence internationale de l'Energie atomique, de par son
mandat et son professionnalisme, demeure le cadre idoine pour s'assurer du
caractère pacifique des programmes nucléaires. Il y a lieu, le cas échéant,
de concevoir dans le cadre de l'AlEA, des mécanismes agréés par tous de
nature à promouvoir la transparence des programmes nucléaires.
Monsieur le Président,
Excellences,
Nous nous félicitons des déclarations des Etats-Unis et de
la Russie
concernant le remplacement du Traité START qui expirera en décembre 2009
par un nouveau Traité START. Nous nous réjouissons aussi des déclarations
en faveur de l'objectif de désarmement nucléaire qui réaffirment la
validité du décalogue. Cependant, nous estimons que ces mesures ainsi
que celles prises par les autres puissances nucléaires unilatéralement,
pour courageuses et importantes qu'elles soient, auraient plus d'effet si
elles étaient accompagnées d'un processus de discussions multilatéral.
Ces deux processus convergeraient pour lancer une dynamique de nature à
arrêter et inverser la course aux armements nucléaires, sous toutes ses
formes en vue de l'élimination totale de ces armes de manière irréversible,
transparente et vérifiable.
Ainsi que cela a déjà été affirmé dans cette enceinte, les
perspectives de négociation d'un Traité sur l'Interdiction de la
production des matières fissiles pour la fabrication d'armes ou autres
explosifs nucléaires sont devenues prometteuses avec la volonté
politique affichée par certains partenaires-clés d'accepter des mesures
de vérification. Nous nous félicitons des progrès accomplis dans la
recherche d'un consensus à cet égard. Un tel Traité sera porteur de
transparence et renforcera la lutte contre le détournement des armes et
des matières nucléaires par des groupes terroristes. Dans ce cadre, il
est important aussi que le Traité sur l'Interdiction complète des essais
nucléaires puisse enfin entrer en vigueur. Nous nous félicitons de l'évolution
positive annoncée à ce propos par certains Etats influents dont la
position entraînera une dynamique de ratifications supplémentaires à même
d'assurer l'entrée en vigueur de cet instrument important.
En prenant des mesures déclassant le rôle de l'arme nucléaire dans les
politiques de sécurité, les puissances nucléaires donneraient
l'indication qu'ils sont déterminés à aller de l'avant vers un désarmement
nucléaire progressif en vue de l'élimination ultime de ces armes.
Le renoncement par les Etats non dotés de l'arme nucléaire à l'option
militaire de l'atome appelle, à titre de contrepartie, des garanties
contre l'emploi ou la menace d'emploi de ces armes contre eux, afin de
pallier l'asymétrie sécuritaire induite par le caractère
discriminatoire, normalement intérimaire, du TNP.
L'examen de l'ensemble de cette problématique ne doit pas exclure en
temps opportun la codification d'un instrument juridique approprié qui
pourrait conforter les Etats non dotés de l'arme nucléaire dans leur
choix et renforcer la non-prolifération et la stabilité internationales.
Enfin, l'utilisation de l'espace extra-atmosphérique, ce patrimoine
commun de l'humanité doit être réservée à des fins pacifiques. Le
Projet présenté l'année dernière par
la Chine
et
la Russie
ainsi que les initiatives relatives aux mesures de confiance liées aux
activités spatiales nous fournissent des pistes sérieuses de réflexion
et de discussion, en vue de prévenir la course aux armements dans cet
espace.
C'est dans ce contexte qu'il conviendrait de situer les efforts de
la Conférence
du Désarmement. D'aucuns ont trivialisé l'œuvre de
la CD
en alléguant de son incapacité à convenir d'un programme de travail 12
années durant. C'est faire peu de cas de l'importante contribution à
l'humanité apportée par
la Conférence
et ses organes précurseurs. J'évoquerais en particulier le TNP,
la Convention
sur l'interdiction des armes chimiques et le Traité sur l'Interdiction
complète des essais nucléaires.
La Conférence
conserve entier son potentiel d'apporter des solutions viables aux
dilemmes de paix et de sécurité actuels.
Par delà les instruments de désarmement qu'elle a pour tâche de négocier,
la Conférence
a pour finalité de donner effet à cette aspiration « des peuples des
Nations Unies à préserver les générations futures du fléau de la
guerre », tel que stipulé dans le préambule de
la Charte
de notre Organisation. Notre devoir collectif est de satisfaire cette
aspiration légitime maintenant que nous semblons en avoir les moyens.
Nous partageons l'appréciation optimiste de S.E.M Sergey Lavrov, Ministre
des Affaires étrangères de
la Russie
exprimée devant vous le 7 mars dernier et avant lui par S.E.M Espen Barth
Eide, Vice Ministre de
la Défense
de
la Norvège
, et sommes d'avis que
la Conférence
pourrait bientôt se mettre d'accord sur un programme de travail à la
faveur d'un contexte international qui est particulièrement propice
actuellement.
Le programme de travail qu'il nous revient d'arrêter ensemble n'est
d'ailleurs pas une fin en soi. Il s'agit d'un cadre d'action collective et
consensuelle constituant un point de départ évolutif avec des termes de
référence à convenir
ensemble, un cadre qui soit propice à une dynamique interactive de
dialogue. Ce programme constituera en lui-même une mesure d'établissement
de confiance entre les Etats membres dans la mesure où chacun de ceux-ci
y trouvera une réponse à ses préoccupations de sécurité ou, du moins,
une disponibilité d'écoute et de compréhension de la part des autres.
C'est dire la responsabilité qui incombe à tous les Etats membres,
individuellement et collectivement, de définir, le plus tôt possible, ce
cadre consensuel, réaliste et crédible pour faire démarrer le processus
d'élaboration de décisions qui répondraient à l'aspiration des «
peuples des Nations Unies ».
Dans cette démarche,
la Conférence
dispose d'une riche moisson d'idées et de propositions présentées
depuis 1999, qu'il convient de recombiner et d'enrichir en tant que de
besoin pour parvenir au consensus tant attendu.
Monsieur le Président, Excellences,
Le péril nucléaire menace l'humanité dans sa totalité et les efforts
pour relever un tel défi n'intéressent pas seulement les Etats, mais,
comme je le disais, « les peuples des Nations Unies ». Dans ce contexte
la Conférence
doit être à l'écoute de Société civile comme il est d'usage dans
d'autres cadres intergouvemementaux des Nations Unies qui s'intéressent
au désarmement.
Pour conclure, je tiens à vous assurer que
la Présidence
algérienne de
la Conférence
sera exercée avec objectivité et professionnalisme et sera consacrée à
la promotion d'une entente entre tous les Etats membres conciliant les intérêts
et les préoccupations de sécurité des uns et des autres et appelée à
déboucher en temps opportun sur un consensus authentique porteur d'une réelle
valeur ajoutée.
Je vous remercie de votre attention.